


Association ethnographique




Il s’agirait, peut être, de l’épouse de Alexis Tastu, polytechnicien, lieutenant colonel d’artillerie. Ce serait alors Marie Cécile Pi, mariée en 1874.
Sur cette photographie prise au studio PROVOST, 4 rue du Rempart Villeneuve à Perpignan, elle porte une parure composée de boucles d’oreilles et d’une croix badine en grenat. La coiffure est caractéristique de cette époque.

Le tableau qui appartient à la CCI de Perpignan, montre les tenues de la paysannerie de la commune d’Elne et des villages alentour. .










Femme portant la coiffe catalane en dentelle ainsi qu’un châle carré à réserve noire et bordure tissée de motifs cachemire. On peut distinguer le port d’un fichu uni sous le châle afin de protéger le châle précieux. Elle porte aussi des pendants d’oreilles à pendeloques.
L’abandon du caractère si particulier des costumes locaux au profit de l’uniformité de l’habillement « parisien » est très tôt dénoncé.

En 1842, Henry indique que «c’est avec un vif regret que nous voyons l’insipide casquette détrôner le brillant et patriotique bonnet catalan même dans la Cerdagne. C’est ainsi que se perdent insensiblement tous les usages et costumes locaux tant respectés et si fidèlement maintenus par les ancêtres, et que les populations, en cessant d’être elles mêmes, ne sont que de pâles copies des autres et l’insignifiante répétition de ce qu’on voit partout [1].»
Il est relayé en cela par Etienne Arago [2] (1802- 1892), le frère du physicien. Dans le poème romantique intitulé « Aux Roussillonnais » [3], il se lamente : «Du sud au nord, un voile de tristesse semble étendu depuis que chaque front porté si haut jadis par la jeunesse s’est engouffré sous un noir chapeau rond. Comme elle, au jour des glorieuses dates, la liberté naguère vous coiffait ! De son bonnet aux couleurs écarlates, ô mes amis, parlez, qu’avez-vous fait? La cornemuse est aussi détrônée, l’ophicléide est son usurpateur, la castagnette est même abandonnée, on a proscrit son bruit provocateur. Et de ce saut sur la main vigoureuse, où le danseur fièrement triomphait, en élevant dans les airs sa danseuse…ô mes amis, parlez, qu’avez-vous fait? »
Joseph Sirven, dans le même bulletin lui répond en scandant : «Rassure toi, ce dépôt de nos pères, avec orgueil nous l’avons conservé [4].»
L’uniformisation des modes a aussi pour cause l’augmentation des voyageurs, ces premiers touristes ou curistes qui, passant dans des régions autrefois reculées, donnent à voir les dernières modes citadines.
En 1846, les dangers de ce tourisme thermal sur les modes locales sont dénoncés. « Depuis, enfin, que s’augmente l’affluence des étrangers aux sources thermales des Pyrénées, que la fashion se répand dans toutes les vallées, que le roman à la mode pénètre dans les hameaux les plus reculés, la coiffure de feutre détrône le classique béret, et le tissu de paille fait repousser le pudique capulet que porte leurs mères [5].»
Le costume évolue tangiblement vers des formes standardisées et l’attrait pour la mode demeure l’un des fondements de la culture roussillonnaise. L’habillement catalan disparaît peu à peu comme le signe de la lente agonie d’un monde ancien. La bourgeoisie citadine, autrefois faiseuse des modes locales, semble définitivement attirée par le costume français. Paris, capitale qui se veut le vecteur hégémonique des costumes, des langues et des traditions des populations qui composent alors la France, n’a toutefois pas gagné la partie comme nous le verrons pour les périodes napoléon III et la fin du XIXe siècle.
[1] Henry, Le guide en Roussillon, 1842, p.245.
[2] Il fut à la fois dramaturge et homme politique et devint maire de Paris en 1870.
[3] SASL des PO, 1840, p.348-349.
[4] Idem, p.350-352.
[5] Nore, (A. de), Coutumes, mythes et traditions des provinces de France, Paris, 1846.
Le premier mai 1833, Perpignan continue de célébrer comme il se doit la fête du Roi des français, « sans pompe factice, sans ce faste dont la circonstance semblait faire un devoir en d’autres temps. On vivait en paix et en sécurité, on fêtait le monarque qui veut le bonheur de la Patrie, le bien de tous les français. La fête avait été annoncée la veille par des salves d’artillerie, une ordonnance municipale diminuait la taxe du pain : c’était un devoir dont la circonstance a fait un bienfait. Le soir de ce jour de fête, Mr Pascal, préfet du département, avait réuni à un banquet brillant à l’Hôtel de la préfecture, une nombreuse société [1] ».
L’élite se retrouve dans les salons et le peuple roussillonnais reste exclu de ces fêtes privées. A Saint Paul de Fenouillet, on en profite pour mettre à l’honneur un nouveau drapeau tout juste reçu de Paris. « Une grande partie de la population était venue se confondre à celle de la ville de Saint Paul toute entière, pour prendre part à cette fête qui s’est longtemps prolongée ».

Le règne de Louis-Philippe est malgré tout une période de répression à l’encontre de la libre expression. Le débat politique rejaillit sur la tenue vestimentaire des partisans. En 1841, lorsqu’un mauvais ténor est hué par les abonnés, les différences sociales se perçoivent au sein du théâtre de Perpignan, haut lieu de sociabilité de la capitale du Roussillon. La scène va opposer gens à habits et chapeaux, abonnés des loges et étages, et le parterre où étaient groupés les ouvriers à casquettes.
A Paris, la révolution du 22 au 25 février 1848 met en place la seconde République. Un vent de liberté semble souffler sur le Roussillon : « le 20 mars, cinquante citoyens de notre ville se sont rendus sur le territoire de Castell-Rossello, à la métairie du citoyen de Jorda, ancien tambour du passage du pont d’Arcole, et qui se retira du service avec le grade de capitaine. Par le soin de ces citoyens, et avec le concours du capitaine Jorda, le drapeau de la République a été arboré sur l’antique tour de Castell-Rossello. Il s’en est suivi d’une fête où des toasts ont été portés au maintien de la République et en l’honneur de M. Arago [2] ».
On pouvait danser un tout nouveau quadrille intitulé « France et Liberté ! » d’Henry Bohlman-Sauzeau, composition d’airs patriotiques, « le Chant du Départ, la Parisienne, Veillons au salut de l’Empire, la Marseillaise et la Victoire est à nous ! Toute la France voudra danser sur ces airs qui ont fait le tour de l’Europe [3]. »
Les arbres de la Liberté fleurissent sur toutes les places, l’un d’eux « a été béni mercredi dernier, faubourg des blanqueries (Perpignan), par le curé de la cathédrale. Les discours d’usage ont été prononcés par le chanoine Pujade, et par M. le Commissaire général. On doit procéder demain à la plantation d’un arbre de la Liberté dans la paroisse saint Jean, vis-à-vis de la place de la Loge [4].»
Cette réorganisation politique va difficilement déroger aux habitudes installées, comme cette scène où l’on préféra concentrer les spectateurs au Théâtre de Perpignan lors de la venue d’artistes reconnus, et annuler ainsi les divertissements gratuits habituels du dimanche.
«Dimanche dernier, la population de Perpignan a éprouvé un désappointement qui lui a été sensible. Une foule considérable s’était portée, comme à l’ordinaire, à la promenade des Platanes, dans l’espoir d’y entendre la musique, qui depuis de longues années s’y rend sans jamais y manquer. Des dames en belles toilettes attendent sept heures sans voir la moindre trace de musiciens. Elles pensent que l’heure a été changée, mais voilà huit heures et rien ne paraît. On se demande le motif de cette absence, et on parvient à savoir que la musique a fait défaut pour ne pas nuire au théâtre. Il est beau sans doute de protéger les arts, surtout quand ils sont représentés par des artistes d’un talent éminent, comme ceux que nous possédions ce jour là, mais aujourd’hui que nous sommes tous égaux et frères, pourquoi ne pas répartir les plaisirs, de manière à ce que tout le monde puisse en jouir ? Car tout Perpignan ne peut contenir dans la salle de spectacle, et la majorité se trouvait réuni sous nos beaux platanes [5]. »
L’ordre public est alors constamment troublé lors des manifestations électorales périodiques. De 1848 à 1851 des confrontations intenses ont lieu entre les républicains, et les « blancs », c’est-à-dire les royalistes. Les danses publiques sont le cadre de ces démonstrations antagoniques où l’habillement de chacun permet de reconnaître son camp.
Dans les villages, les « blancs » sont alors maltraités, comme lors de la fête patronale du Boulou à la mi-août de l’année 1850. Trois légitimistes revêtus de jaquettes blanches, sont expulsés de la place et poursuivis. Ils sont obligés de se réfugier dans une maison jusqu’à trois heures du matin ; assiégés par plusieurs centaines de « rouges » scandant des slogans politiques.




À cette époque, les rapports de la gendarmerie et de l’armée sont remplis de récits d’échauffourées. Généralement, elles se produisent suite aux chants, aux danses et à la consommation de vin lors des fêtes villageoises. Certains habitants portant bonnets rouges, se lancent dans des farandoles bruyantes, au son des tambours, sous les drapeaux rouges ou tricolores. C’est l’occasion pour eux de chanter à nouveau : « Vive la République démocratique et sociale ! », « Vive la guillotine ! », « Guerre et mort aux Blancs ! ». Des jets rituels de pierres des deux camps ennemis s’ensuivent. À Perpignan, de telles rixes avaient aussi lieu, parfois quotidiennement juste avant 1851 et la prise de pouvoir de Napoléon III.
[1] JPO, 1833.
[2] JPO, 1848, 31/03.
[3] JPO, 1848, 21/03.
[4] JPO, 1848, 21/04.
[5] JPO, 1848, 30/05.
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