Al ball, Danses catalanes par Guiraud, Col. Ville de Perpignan.
« Enfin c’est là (Vernet) que tous les dimanches s’exécutent la danse des baills, ces danses particulières aux habitants du Roussillon, si piquantes et si originales. Ils l’aiment avec passion, et ils s’y livrent avec passion. Elle est vraiment nationale pour eux. Les hommes ouvrent ordinairement lo ball la contredanse, par un contrapas dont le rythme syncopé, accuse une origine grecque pour les uns, arabe pour les autres.
Tantôt séparés, tantôt tenus par la main, ils forment un grand rond ou dansent sur une même ligne, puis, à un signal donné, les femmes viennent se mêler aux danseurs.
Alors la mesure devient plus précipitée, le rythme musical a changé. Rien n’est plus gracieux, plus pittoresque que cette foule d’hommes et de jeunes femmes aux couleurs éclatantes, bizarrement mêlés et toujours sans cohue.
Mais le point d’orgue ! Des groupes se forment, les cavaliers prenant leur dames sous les bras, les soulèvent ensemble et figurent une pyramide dont le sommet offre les têtes gracieuses des femmes et la base les jambes musculeuses des hommes. Les plus adroits élèvent différemment leur danseuse, et, par un tour de force et d’adresse, les placent sur la main comme sur un siège[1].»
[1] Silhol, (H.), Thermes Mercader, notice sur les eaux minérales sulfureuses de Vernet (Pyrénées-Orientales), Montpellier, 1851, p.9.
« Le coup d’État de Louis Napoléon Bonaparte ne pouvait manquer de produire une vive agitation dans les départements du Midi. Patrie du savant Arago, le département des Pyrénées-Orientales, appartenait presque entièrement à l’opinion démocratique, et la constitution républicaine devait nécessairement y trouver un grand nombre de défenseurs.
…/…Telle était la situation à Perpignan, chef-lieu, lorsque la nouvelle du coup d’État y arrive dans l’après-midi du 4 décembre 1851. Aussitôt un rassemblement tumultueux se forma devant la préfecture. Il fut dissipé, non sans peine par la troupe, qui fit quelques arrestations. Le lendemain, l’arrêté suivant du maire de Perpignan, était affiché sur les murs de cette ville :
Cet arrêté était signé Lloubes, maire de Perpignan et contresigné par le préfet Dulimbert.
« Considérons qu’il importe que, dans les circonstances présentes, chacun de montre à) découvert, et qu’aucun méfait ne puisse demeurer impuni,
Arrêtons :
Art. 1 : A partir de ce jour, et jusqu’à nouvel ordre, il est défendu de sortir la nuit, la tête couverte d’un capuchon ou de tout autre objet empêchant de reconnaître les personnes.
Art.2 : Il est également défendu de sortir la nuit la figure enveloppée d’écharpes, ou autres objets, pouvant empêcher de reconnaître les personnes
Art.3 : Il est également défendu de sortir déguisé de façon quelconque.
Art.4 : Les contrevenants au présent arrêté seront mis à la disposition de l’autorité compétente, pour être poursuivis conformément aux Lois.
Art.5 : Les commissaires de Police et les agents de la force publique sont chargés de l’exécution du présent arrêté. »
Pendant 48 heures, le calme parut complètement rétabli et l’on écrivait de Perpignan, le 7 décembre : Le département a repris sa physionomie accoutumée. Partout on adhère avec empressement aux mesures adoptées par le chef de l’État. L’effet produit par les dernières dépêches est immense, les honnêtes gens sont dans la joie. La tranquillité règne partout dans le département.
Cela n’était qu’à moitié vrai : si le préfet, M. Pougeard-Dulimbert et M. le Maire, de Perpignan Auguste Lloubes, avaient donné leur adhésion aux décrets du président de la République, plusieurs personnages importants dans le département l’avaient refusée, entre autre MM Cammès, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, et Cartène, ingénieur ordinaire, qui, pour ce refus, furent suspendus de leurs fonctions.
Et puis si Perpignan était tranquille, il s’en fallait de beaucoup qu’il s’en fut de même dans tout le département. A Estagel, par exemple, le dimanche 7, des groupes nombreux se formèrent dans les rues et parcoururent la ville en chantant la Marseillaise, et l’émeute ne tarda pas à devenir menaçante.
…/…Une grande agitation se manifesta également à Thuir, à Villelongue, à Collioure, à Prades. Partout furent faites de nombreuses arrestations, dans les trois arrondissements de Perpignan, de Prades et de Céret, leur nombre s’élevait à plus de deux cents, et ce nombre fut doublé, par les captures qu’opéra ensuite l’autorité militaire[1]. »
[1] Decembre, (J.), Alonnier (E.), Histoire des Conseils de guerre de 1852, ou Précis des événements survenus dans les départements a la suite du coup d’État de décembre 1851, Paris, 1869.
« Nous avons encore remarqué une Helena miniature en Sèvres et un buste d’Helena en marbre. Citons encore une Sainte-Cécile, bas-relief en bronze d’une belle allure, la Femme au givre d’une rare finesse d’exécution, etc. Mais nous avons eu surtout plaisir à nous attarder dans la contemplation du buste de Catalan, morceau détaché du monument du square, non encore inauguré Montanyes Regalades.
Ce buste de Catalan a été conçu par l’artiste dans une admirable pureté de lignes, hors de toutes conventions et exécuté à la perfection. Le monument Montanyes Regalades ne figurait pas à l’exposition de M. Sudre, en raison sans doute de ce que la manufacture de Sèvres n’a pu l’exécuter avant qu’il soit inauguré.
Mais une eau-forte éditée par la Société des Amis des Arts que M. Sudre avait exposée, en donnait une idée très vigoureuse et très exacte. Il convient de signaler la valeur intrinsèque de cette œuvre qui fut la seule du Salon de 1908 à laquelle la Société des Amis des Arts que préside le maître Bonnat fit le grand honneur de l’éditer.
En terminant cet éloge de l’exposition de Raymond Sudre, nous exprimerons le regret que la Fontaine à la Catalane qui doit orner la place de Baixas, n’ait pu figurer en miniature, dans cette exposition. Il ne nous a été permis de la juger que d’après des cartes postales ; mais l’ensemble nous a paru parfait et d’une belle venue.
Biscuit de la Catalane, figure centrale de la fontaine de Baixas.
La Catalane est fièrement campée en grandeur naturelle et rien n’est plus gracieux que son geste. Voilà encore une belle œuvre qui classe Raymond Sudre aux premiers rangs de nos artistes catalans catalanisants. »
Conférence de M. Jean Amade, professeur au Lycée de Montpellier sur l’Ame roussillonnaise. Interprétation de Lo cant del Vallespir. Grand Théâtre de Perpignan. Dimanche 22 décembre 1912, à 16 heures
Notre ami M. Jean Amade a donné, le dimanche 22 décembre dernier, au théâtre de Perpignan et sous les auspices de l’Association polytechnique, une conférence sur l’Ame roussillonnaise, au cours de laquelle a été interprété LoCant del Vallespir, dont nous avions parlé ici même lors des belles fêtes de Céret en juillet 1911. Une heure avant la conférence, la salle se trouvait déjà tellement pleine qu’il devenait impossible d’entrer : les couloirs eux- mêmes étaient inaccessibles, ainsi que les coulisses. Jamais, croyons-nous, on n’avait vu tant de monde à une conférence. Nous nous en réjouissons de tout cœur, car cette conférence fut une véritable manifestation catalane. Y a-t-il une âme roussillonnaise et quelles en sont les manifestations ou expressions ? Comment pouvons-nous contribuer à la maintenir toujours aussi vivante et agissante ? Tel était le sujet que devait traiter M. Jean Amade. Le conférencier montra que cette âme se personnifiait dans la race, dont les caractères expriment les tendances principales de l’âme roussillonnaise, et indiqua par quels moyens on pouvait conserver à notre race toutes ses vertus propres : éducation morale, éducation physique. Puis il marqua nettement les rapports très étroits qui unissent notre race, et par conséquent l’âme roussillonnaise, à la terre, au paysage, invitant ses compatriotes à garder aussi intimes et constants ces liens précieux qui sont pour nous comme une sauvegarde et une garantie.
Mais c’est peut-être surtout par la langue que se traduit le mieux l’âme de notre race, et c’est en elle qu’on la sent le mieux palpiter : cultivons donc cette langue avec amour, ne la laissons pas se perdre, et luttons pour elle sans défaillance. D’autre part, c’est par la tradition que l’âme d’un pays se transmet et se prolonge : développons par conséquent en nous, autour de nous, le respect de la tradition, utilisant même pour elle les forces nouvelles qui, au premier abord, semblent la combattre. Enfin, puisque le folklore est une matérialisation populaire, si l’on peut dire, de l’âme régionale, tournons vers lui notre attention et faisons-le entrer dans notre vie quotidienne ; c’est un pieux et agréable devoir. M. Jean Amade a dit un mot, en passant, de l’art sous ses différentes formes, mais sans y insister parce qu’il avait déjà fait, il y a quelques années, une conférence sur l’art catalan. I1 agrémenta sa conférence sur l’âme roussillonnaise par des récitations ou lectures de certains poèmes, comme lo Gall de Santjoan d’Oun Tal, qui obtint un vif succès, Aniversari du Pastorellet de la Vall d’Arles et Ayres de Nadal de Joseph-Sebastià Pons, qui furent accueillis l’un et l’autre avec des applaudissements chaleureux par l’auditoire.
En terminant, notre ami dit que, dans la France entière, se produit un admirable réveil des forces régionales, et que l’idée régionaliste fait chaque jour de grands progrès dans tous les esprits. Rien ne découragera, d’ailleurs, les ardents patriotes qui ont entrepris de donner un sang nouveau à la nation. Le public, qui avait écouté avec une attention et un intérêt soutenus toute la conférence, dont nous ne pouvons donner malheureusement qu’une idée bien incomplète, salua les dernières et si énergiques paroles de M. Jean Amade par une longue et enthousiaste ovation, montrant par là qu’il approuvait les nobles idées développées avec clarté et défendues avec éloquence par notre vaillant ami, dont l’infatigable persévérance ne connaît pas d’obstacles et trouve toujours des raisons nouvelles de se multiplier. Nous ne dirons qu’un mot de l’exécution du Cant del Vallespir.
Elle fut parfaite, elle fut admirable. Cette merveilleuse cantate du jeune maître M. Déodat de Sévérac est un chef-d’œuvre digne de rester. Nous avons passé, en l’entendant, des minutes délicieuses, inoubliables ; nous aurions voulu l’entendre une fois encore, l’entendre longtemps, avec ses phrases passionnées, colorées, émouvantes, où semblait chanter et se plaindre toute la terre de Roussillon. Une centaine de choristes et de musiciens, venus de Céret, les damés en bonnet catalan et les hommes en barretina, (l’ensemble étant dirigé par M. Louis Roque, directeur de l’Harmonie du Vallespir, qui prêtait aussi son concours), tels furent les héros, on peut bien le dire, de cette magnifique manifestation, qui obtint auprès du public un immense succès.
Après la cantate, les mêmes artistes interprétèrent Montanyes Regalades, sous la direction de M. Adrien Amade, père du conférencier. Ce fut également un triomphe. Félicitons le ténor Rancourt, qui nous fit si bien comprendre la poésie de cette vieille mélopée. Mais félicitons surtout Madame Sors et Monsieur Henri Sabaté, qui chantèrent avec tant d’âme les soli de la cantate. En résumé, nous devons être contents et fiers de la superbe fête catalane du 12 décembre. Elle comptera certainement dans l’histoire de la Renaissance roussillonnaise. Et tout cela ne peut que réjouir le cœur des bons Catalans du Roussillon.
La coiffe catalane d’apparat tient son originalité non pas de sa forme, mais de ses différentes pièces.
« Elle se composait d’abord du « cofet » en surtin ou calicot blanc tout d’une pièce qui maintenait la chevelure. Puis la « topina » en taffetas noir et rigide froncée par un lacet sous la nuque accompagnée d’un bandeau du même tissu.
Puis par-dessus ces deux bonnets, le bonnet de dentelle empesé composé aussi de deux pièces. Le derrière froncé sous la nuque et le bandeau garni d’un « picot » et retourné sur les oreilles. Les coiffes étaient au point d’Alençon ou au point d’Angleterre, de Flandre ou de Malines.
Elles étaient aussi en mousseline finement brodée. Pour le deuil la coiffe de mousseline (sans décor) était cerclée entre le bandeau et le bonnet par un ruban de velours noir[1]. »
[1] Vaquer, M.T., les coiffes catalanes, CAVI, 1976, p.7.
La comtesse de Lazerme mourut le 13 avril 1888 à Perpignan en son hôtel particulier de la rue de l’Ange. Dix prêtres et dis religieuses de la salle d’asile assistèrent aux obsèques.
Portrait par Muller de la Comtesse de Lazerme
Voici ce que disait d’elle son petit fils, Carlos de lazerme :
« Elle était la sœur ainée de Mme de Rovira et de la comtesse de Cauvigny. Petite, mince, fragile et délicate au possible, elle donnait l’impression diaphane d’un être qui va se dissoudre. Mais c’était aux heures critiques qu’il fallait la voir: toute en nerfs, infatigable, son énergie croissait avec les difficultés et le péril, loin de l’ébranler, ne pouvait même pas la surprendre. J’ai d’elle un excellent portrait peint par Müller, il est impossible de trouver visage aux traits plus fins, port de tête plus fier, un ovale plus pur. Surtout elle était bonne. Avec quelque chose de fier, d’altier, elle avait une nature vraiment humaine, une sensibilité de femme aimante, chaste. Accessible à tous, d’un dévouement sans exception et qui ne raisonnait pas. Pleine de pitié, elle se penchait sur son prochain, dès qu’elle voyait souffrir, avec l’humilité discrète et la promptitude silencieuse de la charité chrétienne, avec cela un peu capricieuse, peut être fantaisiste, libérale, gratuite. Son nom même de Charlotte, avec ses vibrations dorées, exprimait quelque chose de doux, la poésie du soir et de l’automne, et la tendresse romantique. Eprise de Lamartine, de Vigny, de Lacordaire, elle allait vers le beau d’un mouvement d’artiste, distante avec les snobs et les imbéciles, hautaine avec les avares et cassante avec les fourbes et les mauvais. J’avais treize ans quand elle mourut. Le curé de la cathédrale de Perpignan, l’abbé Metge vint lui porter le viatique. Elle avait toute sa tête et la garda jusqu’à la dernière minute. Quand elle comprit que ses derniers instants approchaient, elle demanda son livre de messe, et de la même voix tranquille dont pendant soixante ans chaque matin et chaque soit elle avait récité son « pater » et son « ave » elle répondit aux prières des agonisants. Au moment de lui administrer l’extrême onction, le prêtre s’aperçut qu’il avait oublié d’apporter le linge rituel qu’on trempe dans les saintes huiles pour le passer ensuite sur les pieds et les mains des malades. « Est-ce que je puis vous prêter un linge? » demanda ma grand-mère. Sur un signe affirmatif de l’officiant, elle fit ouvrir son armoire et indiqua une petite boite en carton placée sur la planche du haut. Cette boite était attachée avec un ruban qui faisait plusieurs fois le tour. Elle la fit apporter , défit le ruban, souleva le couvercle et retira un mouchoir en batiste brodée. « C’est celui que je portais le jour e mon mariage » dit-elle. Elle dut revoir toute sa jeunesse. Ses yeux regardèrent son crucifix ; ils restaient candides et limpides. Ses lèvres remuaient. Elle se remit à prier avec sa dévotion d’humble croyante. Quand le prêtre eut accompli son ministère, elle reprit le mouchoir, le plia en hochant la tête, le remit dans la petite boite en carton, rattacha le ruban, lentement, posément avec cette attention qu’on apporte aux choses minutieuses de la vie quotidienne. Et c’était déchirant de la voir si soigneuse, si calme, répétant pour la dernière fois ces gestes habituels qu’elle ne ferait plus jamais. Un peu plus tard, elle prit la main de mon père et la serra de toutes ses forces. La comédie est finie, dit-elle, et l’autre vie commence. Je suis bien triste de vous quitter mais je suis bien heureuse d’aller retrouver mon père et me mère. Et mon mari m’attend là-haut depuis plus de trois ans. Après tant d’années, il ne se passe pas un seul jour que je ne pense à ma grand-mère. Et chaque fois elle m’apparaît, comme la sainte de la famille et le bon ange du foyer. »
De nombreux édits ponctuent la période de la prohibition des toiles peintes, qualifiées aussi d’indiennes, et qui sont le seul monopole de la Compagnie des Indes.
En 1737, on peut d’étonner de la lourdeur de l’amende de 300 livres encourue par Thérèse Sabriane, femme de Jean Mestre, pour avoir été surprise avec un tablier de toile peinte fond blanc à fleurs rouges. La peine sera descendue à 5 livres par le contrôleur général.
Toutefois en haut lieu, les peines très lourdes sont jugées correctes comme celle de la marchande Roillet condamnée a 3000 deniers d’amande pour saisie de marchandise prohibée, amende qui avait été pourtant ramenée à 10 livres.
Suite à dénonciation, des particuliers aisés sont condamnés pour saisie d’indiennes à leur domicile, comme le sieur Bergès de Vinça. Chez lui, les employés des fermes ont trouvé quatre pièces de toiles peintes qu’il a déclaré avoir acheté d’un inconnu pour en faire un lit.
Après 1748, le gouvernement légifère conte les demandes de modération des amendes. En 1749, les toiles autorisées de la Compagnie des Indes sont inventoriées chez les marchands de Perpignan et mises à la nouvelle marque.
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