Le Temps du Costume Roussillonnais

Association ethnographique

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Laine cachemire, une histoire roussillonnaise

On ne saurait passer sous silence la production de châles parisiens confectionnés avec le duvet de chèvres du Tibet élevées à la bergerie royale (Mas Coll) de Perpignan. Arrivées par bateau à Marseille sous l’impulsion de l’industriel Ternaux, les chèvres sont installées à Perpignan en 1818.

En 1820, de nombreux chevreaux étaient déjà nés, laissant présager que « dans peu d’années, nous aurons des cachemires comme il est facile d’avoir des mérinos. Nos élégantes petites maîtresses vont se bien trouver de ceci, à moins que la mode et le luxe orgueilleux ne les rendent inconstantes et ne leur fasse préférer quelque nouveau tissu qui n’aura ni le moelleux, ni la beauté du duvet tibétain. La mode a ses bizarreries, et nos françaises sont bien capables d’envoyer plus loin qu’au Tibet les complaisants voyageurs chargés de satisfaire leurs frivoles caprices[1]

A l’exposition de 1824 une pièce de cachemire, fabriquée par M. Hildenlang fils ainé de Paris, avec le duvet de ces fameuses chèvres de race kirguises, attire l’attention :

« L’étoffe en est admirablement travaillée, fine et soyeuse, et transparente comme la mousseline[2]

En 1828, le Calendrier de Perpignan (Alzine éditeur) précise que c’est M. Audusson qui est régisseur de l’établissement des mérinos et des chèvres du Tibet du Mas Coll.

On parle alors du succès de l’« industrie qui a rendu le Cachemire célèbre, la fabrication des châles. Monsieur Ternaux voulut se procurer les animaux qui portent le duvet si précieux dans leur toison. Tout le monde sait ce qu’il entreprit dans ce but, secondé par le savant Jaubert, et comment l’un et l’autre enrichirent la France d’un troupeau de chèvres kirguises[3]».

L’entreprise fut malheureusement un échec. Les chèvres ne s’acclimatèrent pas aux changements de température de la plaine du Roussillon. Il y fait, certes, très froid l’hiver par tramontane, mais étouffant l’été.


[1]              Feuille d’affiches, annonces et avis divers, 1820, p.321.

[2]          Annuaire historique universel, 1824, p.871.

[3]          Montor, (A. de), Encyclopédie des gens du monde: répertoire universel des sciences …, 1834, volume 4, p.421.

La photographie perpignanaise et de son apport à la connaissance du costume : le temps des crinolines (1852-1870)

La rapide diffusion de la photographie à Perpignan n’a rien d’étonnant, lorsque l’on sait que c’est le député catalan François Arago (1780-1853) qui divulgua devant l’Académie des sciences l’invention du daguerréotype en 1839 (http://culturevisuelle.org/icones/804 ), et qu’il fit don au musée de la ville des premiers essais de cette toute nouvelle trouvaille.

Avec son nouveau quai de la préfecture, sa gare en construction, ses rues anciennes,  la ville de Perpignan est le théâtre des nouvelles modes sous le Second-Empire entre 1852 et 1870. Naturellement, les belles Catalanes se pressent auprès des ateliers de photographes tel celui de Cabibel à la rue des Augustins, ou encore de Scanagatti, rue Rempart-Villeneuve, afin d’immortaliser leur image.

C’est le temps des crinolines, ces jupons en structure métallique qui donnent aux robes une ampleur jamais égalée dans l’histoire de la mode. C’est aussi le temps des longs châles à franges, (les grenadines et les manilles), et des coiffes parées, portées par les femmes de la bourgeoisie.

Les grandes familles n’ont de cesse que de se conformer à la mode parisienne et les épouses ont des coiffes structurées avec renfort de fleurs en soie et de rubans. Quelquefois ces femmes se dévêtent de leurs artifices, le temps de la pause. Ni coiffe, ni châle ne doivent perturber le regard du futur possesseur d’une image voulue cette fois-ci comme le reflet de l’âme et des sentiments.

A travers quelques clichés gracieusement empruntés aux albums de photographies familiaux, penchons-nous sur les costumes de cette époque, tels que le photographe dans son studio nous donne à les découvrir. Hommes, femmes et enfants forment un univers intimiste où l’on retrouve les classes aisées de la société roussillonnaise, commerçants, nobles, veuves, militaire et juristes. Tous ont un rapport avec le costume et la mode, et véhiculent à la fois leur identité propre mais aussi une partie de l’identité du Roussillon, tiraillé entre l’expression de la tradition catalane et la volonté d’évolution et de modernisme.

  1. Anne Bonet épouse Monné.

Photographiée à Marseille lors d’un voyage, cette femme d’âge respectable porte un très grand châle à franges ainsi que la coiffe catalane. La robe de grande ampleur et le caraco à manches pagodes et manchettes de mousseline laissent percevoir l’usage de mitaines. Enfin, nulle catalane ne saurait voyager sans un éventail.

  • Femme et enfant.

Il est intéressant de remarquer la vêture toute traditionnelle de cette mère avec coiffe, châle et tablier, ainsi que le joli motif moiré de la robe.

Photographie Bissière, Perpignan.

  • Portrait de femme.

Très belle pose pour cette épouse au petit châle en pointe, en dentelle noire. Elle ne porte pas de coiffe. La taille est amincie par un corset. Il ne semble pas que le volume soit du à des cerceaux d’acier,  mais plutôt à un assortiment de nombreux jupons amidonnés.

Photographie Cabibel, Perpignan.

  • Portait de femme âgée

Les femmes âgées, qualifiées de « padrinas » ont toujours été tenues en grand respect dans les familles roussillonnaises. Porteuse de souvenirs, de la langue catalane et de l’histoire familiale, cette authentique grand-mère porte fièrement la coiffe catalane telle qu’elle se portait dans sa jeunesse, la passe descendant très bas et masquant les oreilles. Le châle et la jupe semblent constitués de lainages, textiles chauds produits notamment à Prats-de-Mollo.

Photographie Cabibel, Perpignan.

  • Portait de jeune fille

Cette jeune personne en chemisier blanc porte un ensemble constitué d’un corset à bretelles et d’une jupe du même tissu, probablement soie ou cotonnade à motif chamarré. Proche du costume des catalanes des campagnes, cet ensemble est bien un costume d’été pour jeune fille bien née.

Photographie Bissière, Perpignan.

  • Emile Lequin

Artisan, Emile Lequin était horloger-bijoutier à Perpignan. Le complet-veston s’est imposé chez les hommes à partir du Second Empire, mais la plupart des Roussillonnais portent encore la redingote. On notera le très beau nœud de cravate ainsi que la chaine giletière pour la montre.

  • Espérance Polge (1836-1907)

La jeune Espérance est photographiée à Prades, vers 1860. Sa robe à crinoline prouve que cette mode touchait en même temps la capitale du Roussillon comme toutes ses petites villes éloignées. La coiffe catalane est parée, c’est-à-dire qu’elle est agrémenté de rubans, fausses fleurs et dentelles. Le petit fichu est porté avec les pointes repliées le long de la taille et il est peut être noué dans le dos. 

Photographie Grando, Prades.

  • Portrait de femme

La simplicité de a mise de cette jeune femme nous permet de bien apprécier l’ampleur que la crinoline pouvait donner. A Perpignan on a surtout porté le modèle rond, avec jupon plat devant, plus pratique que la crinoline à volume projeté en arrière. Nous pouvons voir les plis sur le devant qui permettent l’ampleur, ainsi que la ceinture en losange qui resserre la taille.

  • Portrait de veuve

Étrange pour nos yeux contemporains, le costume de grand deuil des femmes aisées et très âgées est très bien représenté sur ce portrait. Les coiffes de deuils des modistes étaient mises en volume avec des fils de laiton recouverts de soie, fleurs noires et chantilly noire en grande quantité. Leur volume et leur poids obligeait à les serrer par de gros rubans sous le menton.   

Photographie Canavy, Perpignan.

  1. Couple

Il s’agit d’un gendarme en costume d’apparat et de son épouse. La vie militaire de Perpignan n’est plus à démontrer pour cette ville frontalière de garnison. Ici l’épouse porte un magnifique châle carré en laine cachemire, probablement de la ville de Nîmes où ce genre d’article était fabriqué. La coiffe est parée, le châle est arrêté par une broche. La crinoline est ronde. Il est à noter pour ce costume l’absence de tablier d’apparat.

  1. Portrait colorisé de jeune fille

Ce portrait mis en couleur permet d’apprécier le costume de jeune fille. Elle porte elle aussi une petite crinoline sous sa jupe courte, verte à motif de deux lignes noires en ruban de velours. Elle porte en dessous un pantalon de lingerie qui s’arrête aux bottines. Le caraco noir est lâche, non resserré à la taille.

  1. Portrait de Catalane

Jeune femme en coiffe catalane portant la crinoline, ce qui donne un joli volume à sa robe. Son châle possède quatre bandes d’or. Il est en soie grenadine, matière légère dont la  transparence s’adapte parfaitement à la chaleur de l’été.

  1. Femme et ses enfants

Cette jeune mère est assise avec son dernier né sur les genoux et ses deux filles de part et d’autre. Elle ne porte ni coiffe ni châle. Les deux filles portent sensiblement la même robe d’enfant, à jupe courte et pantalons avec caraco à manches terminées par des manchettes bouffantes. Le petit garçon arbore sur sa tète un chapeau de paille tressée qui le protégera des chutes.

  1. Deux enfants

Deux petites filles de la bourgeoisie commerçante de Perpignan avec deux robes à manches courtes identiques. Les robes de petites filles se portaient avec bas et pantalons apparents.

  1. Portrait de jeune homme

Ce jeune homme à l’allure de dandy, probablement juriste ou commerçant, montre bien l’usage toujours en vogue en Roussillon de porter la redingote. Le complet-veston imposera bientôt l’uniformité de la couleur des trois pièces, ce qui n’est pas le cas ici. De très bonne famille ce jeune homme lit avec un monocle. On remarque aussi une montre en or ainsi qu’une bague en grenat de Perpignan.

Portrait anonyme colorisé.

  1. Josephine Escanyé

Sur ce portrait très altéré, cette épouse d’un maître de forges, née en 1801, est à la fin de sa vie une personne distinguée qui porte une coiffe capote en rubans et dentelles dans le plus pur goût napoléon III.  

  1. Lucie Salamo

A la faveur de la pose de biais, le photographe nous fait apprécier l’allongement progressif de la robe sur l’arrière. La cage que constituent la crinoline et ses cerceaux d’acier va progressivement s’aplatir sur le devant et faire renaître la traîne à l’arrière. Les manchettes bouffantes et un minuscule fichu blanc rehaussent cette robe simple et gracieuse.

  1. Portait de femme

Certaines catalanes ont complètement souscris à la mode impériale, et rien n’est laissé au hasard, que ce soit la capote à rubans et fleurs artificielles, l’étole de soie à volants, châle en dentelle de Chantilly, tout cela porté avec une robe à crinoline de grande ampleur.

Ateliers, boutiques et boutiquiers de Perpignan sous Charles X.

En 1825, le sier Saisset, qui tenait boutique à la suite de son père à la rue Saint Jean, liquide son stock et avise ses clients des ragots qui courent sur son compte.

« Les personnes qui croiraient trouver des choses antiques dans son magasin, doivent être détrompées, attendu qu’il n’a du fonds de feu son père qu’un faible reste d’étoffes, des mousselines et quelques objets de bonneterie et de passementerie. Les marchandises qu’il offre datent de 1816, 1817 et des années suivantes. »

Viennent alors quelques informations sur les différents textiles en solde. « Toiles de coton, basin, mousseline, percale et calicot, draps fins, royales, casimirs unis et à poils, articles en laine et coton pour gilets, velours unis, à cotes et imprimés, étoffes dites mousselines de Rouen, percalines, prunelles, etc. ; indiennes de Jouy et autres de bonne qualité, schalls en indienne, percale, mousseline et madras, cravates en percale, mousseline et autres[1]. »

échantillons de cotons imprimés, livre de comptes d’un marchand de Céret, AD66.

Le sieur Quinta, arrivant de Paris, ouvre au 22 rue Mailly son activité de tailleur, « dans le goût le plus moderne[2]

Lors d’expositions de produits de l’Industrie qui ont lieu à paris au palais du Louvre, sont présentés en 1819 et 1823 les fabriques de draps du département et les soies grège de la fabrique Pugens cadet et sœur de Perpignan. Laine et soie sont les principales matières travaillées en Roussillon.

Toutefois, en 1828, les sieurs Illaire et Dupont installent dans le quartier des fabriques une teinturerie et imprimerie sur indiennes, « face à la Poste aux lettres[3]. » Les petits imprimés sur coton, souvent foncés, servent à réaliser robes et caracos d’été. D’autres imprimés plus vifs, les andrinoples, cotonnades rouge turc fabriquées à Mulhouse, sont à cette époque très prisées des Catalanes.

Enfin la parure des femmes ne saurait de passer des soins du cheveu et du parfum. Le coiffeur Bach, rue Notre Dame, réorganise son salon de façon moderne en 1827.

« Les linges et les peignoirs ne servent qu’une seule fois. Il fait des Tours d’un nouveau genre, à touffes élastiques, très avantageux pour la coiffure des Dames, et d’autres indéfrisables, montés dans un genre nouveau. On trouvera dans son magasin un grand assortiment de parfumeries fines et une poudre pour teindre les cheveux[4]. »


[1]              JPO, 1825, p.196.

[2]              JPO, 1825, p.128.

[3]              JPO, 1828, p.171.

[4]              JPO, 1827, p.594.

Danses et festivités populaires sous Charles X.

Voyage pittoresque dans les Pyrénées françaises et dans les départements adjacents, d’après les dessins de M. Meeling, Paris chez Treuttel et Würtz, 1826-1830

En 1825, «le jour de la fête de saint Christophe, les danses catalanes, qui ont lieu à Perpignan chaque années, pendant toute la belle saison, ont été ouvertes au Vernet. Mr Henry, bibliothécaire de la Ville, a publié une brochure fort curieuse sur ces danses[1]

Ces danses sont à la fois des réjouissances mais aussi l’occasion pour les jeunes gens de se mesurer entre eux.

A cette même fête, « une vive querelle engagée par des amateurs, et dans laquelle des coups de poings ont été généreusement échangés, a clôturé les danses catalanes qui avaient été ouvertes au Vernet[2]

A Céret, les festivités durent les trois derniers jours de juillet, avec des danses publiques, de brillantes courses de taureaux, avec «des animaux vigoureux de la plus belle espèce, et pour entourer cet événement, toute la pompe dont il est susceptible. Les musiciens seront aussi du meilleurs choix, tous les amusements seront publics et gratuits[3]

Ces réjouissances populaires traduisent un fort caractère catalan et ou hommes et femmes font des efforts pour s’habiller du mieux possible, selon leur degré de fortune.

Nous trouvons un autre récit tout en circonspection d’une fête improvisée au quartier la Réal, sous forme de théâtre populaire, en catalan. Cette piécette comprenait des costumes catalans, d’ecclésiastiques et travestis :

«Un spectacle connu vulgairement sous le nom de Ball de Serrallongue avait attiré quelques centaines de curieux, sur la pace des esplanades, le lundi de Pâques, moins pour en jouir que pour profiter des beaux jours du printemps, et suivre en quelque sorte machinalement la foule. A représentation avait lieu dans un enclos construit à dessein, et le public y était admis moyennant une rétribution de cinquante centimes pour les premières places, de vingt-cinq pour les secondes. Mais lorsqu’on était parvenu dans l’enceinte, la force seule disposait du droit et du choix des places.

Spectateurs et acteurs étaient presque confondus, et exposés aux ardeurs du soleil. Le nombre des acteurs était d’environ quatre-vingt, rangés en deux files, et dont quelques uns étaient travestis en femmes, et un en moine. Des voleurs sollicitaient la faveur d’être admis dans la bande d’un chef de brigands, et racontaient alternativement l’histoire de leurs méfaits. Tel était le sujet de cette représentation qui a duré depuis une heure de l’après midi jusqu’à cinq heures du soir. La scène se passait en rase terre, et le dialogue était en langage vulgaire[4]. » Quelques jours plus tard, le chroniqueur explique : « On n’a pas besoin de dire que les oreilles les moins délicates ont pu souvent être blessées[5]


[1]              JPO, 1825, p.427.

[2]              JPO, 1825, p.438.

[3]              JPO, 1827, p.448.

[4]              C’est-à-dire en langue catalane, propice à toutes sortes d’expressions très imagées.

[5]              JPO, 1825, p.299.

Quand les premiers touristes anglais visitent le Roussillon.

John Scott et John Taylor partagent auprès de leurs lecteurs anglais leur voyage en Roussillon. On peut noter quelques informations sur les costumes, fort intéressantes :

« Les vêtements des hommes, comme leur langage, sont plus proche du Catalan que du Languedocien : vestes courtes, pantalons hauts, et quelquefois une ceinture rouge. Mais, ce qui est, de loin, la partie la plus visible, c’est le couvre-chef, un bonnet tricoté en laine, de couleur pourpre vif, d’une longueur d’environ deux pieds, et d’égale longueur jusqu’à l’extrémité qui est légèrement arrondie. L’extrémité longue pend, ou bien sur le côté, ou bien est repliée sur la calotte, par ce que plus pratique, ou bien par coquetterie.

A. Bayot, intérieur de ménage (Roussillon), vers 1830.

Le bonnet est chaud et confortable et, quand il est propre, ce qui est généralement le cas dans les régions riches du Bas Roussillon, il est vraiment très élégant. Pour les pieds de ceux qui n’ont pas encore adopté les chaussures françaises, ils portent les espadrilles catalanes, une sandale de tresse, avec un tout petit talon et une empeigne, et attaché autour de la cheville avec un ruban bleu.

Les bas qu’ils portent avec ces sandales, s’ils en portent, n’ont pas de pieds seulement un petit lien sous la semelle pour les maintenir.

Le vêtement des femmes des campagnes, en dehors de Perpignan, n’est pas ostentatoire. On rencontre rarement la variété de couleurs que les Provençales adorent, ou l’éternel orange-brun des grisettes montpelliéraines.

Elles semblent préférer des couleurs sombres et ternes, des gris de différentes teintes, souvent en rayures larges ou parfois pourpres, la seule couleur criarde qui leur plaise.

Leurs corsages courts, serrés à la taille et leurs jupons épais, froncés de façon énorme dans le dos sont très semblables au Languedoc. Mais, pour la coiffe, c’est seulement tout à fait au nord du Roussillon que l’on observe encore la petite coiffe étroite, plissée, le chapeau noir plat et large de l’autre province.

Plus au Sud, c’est le ret catalan et le mouchoir. Ce ret est un filet noir, de 2 à 3 pieds de long, placé sur la tête comme les bonnets des hommes sauf qu’il est serré fermement autour de la tête avec un ruban noir. L’extrémité longue pend derrière le dos et se termine par un gland élégant.

A. Bayot, costume de Cerdagne, jeunes femmes en ret et fichu., vers 1830.

Au dessus de cela se trouve un mouchoir en tricorne, noué sous le menton, pour montrer au dessus du front les rubans des rets. Le troisième coin dépasse au dos de la tête. Avec cette coiffe, leur front rond, dénudé et leurs traits proéminents, brillants et brûlés par le soleil, elles ne paraissent certainement pas, en général, très gracieuses ou ravissantes.

Pourtant je l’ai quelquefois vu porté de façon extrêmement seyante[1]


[1]              John Scott,John Taylor, « Sketches of manners in the south of France, n1, The Roussilonnais », The London Magazine, 1827, Volume 17.

Industrie textile sous Charles X

L’industrie locale au service de l’habillement populaire

Les rapports de la Préfecture indiquent l’existence de manufactures de draps dans les cantons ruraux.

« Les fabriques de Prats donnent un drap grossier qui sert à l’habillement des habitants des campagnes. Les draps de Prades sont plus fins et servent à l’habillement de la classe aisée. Malgré l’utilisation des mécaniques, ils n’ont pas assez de moyens pécuniaires pour soutenir la concurrence. Limoux et Carcassonne suppléent à l’insuffisance des fabriques du département[1]. »

L’établissement de Prades semble avoir été créé seulement en 1814[2].

En 1822, le manufacturier Roger, de Prats de Mollo, livre dans tout le Roussillon ses capuchons en bayette, un tissage de laine très fin, preuve de la capacité à transformer à grande échelle les textiles produits sur place en pièces d’habillement[3].

Jeune femme en capuche de bayeta blanche et jupe de drap de laine écarlate, reconstitution Le temps du Costume Roussillonnais.

[1]              ADPO, série M.

[2]              ADPO, 2 J 35/1

[3]              ADPO, 142 J 31.

De l’amour de la danse en Roussillon

Perpignan conserve des traditions identiques aux villages du Roussillon et la danse catalane y est encore vivace. « Grâce, une aimable vivacité, font surtout remarquer ces élégantes danseuses, prises dans toutes les classes de la société, et réunies par le plaisir dans ces fêtes si différentes de celles que l’on voit à l’intérieur de la France[1]. »

Parmi ceux qui y participent, il y eut tantôt des personnes du peuple, sous le « costume national, c’est à dire portant le long bonnet rouge dont le bout flottant tombe sur les épaules, une veste et un pantalon de velours, une ceinture rouge et des espadrilles aux pieds »; tantôt de jeunes bourgeois élégants qui, « sous une veste légère, apportaient dans ces danses la grâce des salons[2]. »

On nous apprend aussi que « le jour, les danses ne sont guère suivies que par les personnes du peuple qui bravent la chaleur du soleil. La jolie artisane ne commence à danser que lorsque la fraîcheur de la nuit rend cet exercice moins fatiguant. La beauté de la danse catalane consiste, pour les femmes, à savoir reculer légèrement, sans sauts et sans secousses, il faut qu’elles coulent, pour ainsi dire, sur la pointe des pieds, et sans faire des pas. Les mains au tablier, et la tête un peu sur le coté, pour voir le chemin rétrograde qu’elles ont à parcourir en rond, elles tournent mollement, quoique avec rapidité, autour du centre libre de l’enceinte, et il y a infiniment de grâce dans ce mouvement.

Le spectateur les voit passer, repasser, et comme voltiger devant lui ; soit que dans une fuite équivoque elles imitent le papillon qui feint d’éviter l’Amour, soit que d’un pas précipité, elles poursuivent le cavalier qui semble vouloir s’échapper à son tour. La danse catalane telle que je viens de vous la décrire est celle que l’on exécute à Perpignan. Dans les villages, où le contrepas est dansé par les hommes et par les femmes, on conserve un usage qui s’est perdu à la ville.

Hora Siccama, vers 1847, danses catalanes en Vallespir, AD66.

La file des femmes est conduite par deux hommes portant à la main un vase en verre à plusieurs goulots très étroits, et ornés de longs rubans. Ce vase qu’on appelle almuratxa[3], est rempli d’eau de rose et dans certains moments, les conducteurs de la danse, les secouant sur la file des danseuses, en font tomber sur elles quelques gouttes, en manière de pluie très fine. Dans certaines fêtes villageoises, ce sont les pavordessas qui ouvrent cette danse à l’issue de la grand’messe.

On appelle pavordesses quelques jeunes filles chargées de prendre soin de la chapelle de la Ste Vierge, et qui en sont comme les marguillières : ce sont toujours les plus jolies du village. Un petit panier de fleurs à la main, elles ne manquent jamais d’aller quêter pour la chapelle, à l’heure du diner, dans les maisons ou se trouvent des étrangers. Ces Pavordesses commencent à danser seules en tournant autour du cercle, elles choisissent elles-mêmes leur cavalier, ce qui est un grand honneur pour celui qui obtient cette aimable préférence. La danse catalane est annoncée par une promenade de jutglars dans toutes les rues, c’est ce que l’on appelle le passa-villa.

Au village les baills ne se payent pas à chaque fois, et danse qui veut. On voit souvent dans les grandes réunions, douze à quinze cent personnes sautant à la fois : ce tableau est vraiment magique. A la campagne on exécute encore une danse plus vive et plus animée, et qui finit aussi par l’enlèvement de la danseuse sur la main du cavalier. C’est celle qu’on appelle les Segadillas. Les airs en sont très courts et très précipités.

Il faut beaucoup d’agilité, de vitesse et de légèreté pour la danser en mesure. La danse catalane, ou comme on le dit ici, les danses, ont lieu annuellement dans toutes les communes du Roussillon. A Perpignan, on les exécute aussi, sur le terrain de chacune des paroisses, quand leur fête arrive, mais avec quelques différences. Au village, on danse tout bonnement sur la place publique ; à la ville, c’est au centre d’un enclos de verdure qu’on prépare exprès[4]

La fête donne l’occasion de voir rassemblée sur la place les plus belles toilettes. Le visiteur peut alors y observer les costumes de la région.

L’écrivaine romantique Amable Tastu, née à Metz le 31 août 1798, épousa l’héritier d’une lignée d’imprimeurs catalans. Elle vint à Perpignan de 1816 à 1819. Le séjour qu’elle fit en Roussillon a donné lieu à un autre récit sur les danses catalanes dans lequel elle décrit les costumes des participants :

« Les danses en Roussillon ont lieu aux fêtes patronales du village ou de la paroisse de la ville ; le matin, à l’issue de l’office, se fait la passa-vila, espèce de promenade, que les musiciens, qui ont retenu leur vieux nom de juglars, font par les rues en jouant de leurs instruments. Ils s’arrêtent devant le logement des autorités et de personnes notables pour leur donner l’aubade et leur offrir des gâteaux.

La première de ces fêtes à laquelle j’assistai était celle du faubourg de Perpignan. Depuis trois heures de l’après midi, j’entendais de loin retentir la joyeuse et bruyante musique, car les danses commencent ordinairement à la sortie des vêpres, et s’interrompent à l’heure du souper, pour recommencer après de plus belle, et continuer souvent toute la nuit.

Je fus frappée du coup d’œil pittoresque et animé de la fête. L’enceinte ovale était formée de portiques de verdure et décorée de guirlandes semblables ; d’immense lanternes l’éclairaient comme en plein jour, les femmes et les jeunes filles occupaient alentour un triple rang de chaises, derrière lesquelles le terrain relevé en talus était couvert de nombreux spectateurs…

Je distinguais au milieu de la foule beaucoup de paysans de la plaine ou de la montagne avec leur costume pittoresque : la veste et le pantalon de velours ou de nankin, la ceinture rouge autour du corps, le mouchoir de soie négligemment noué au cou, le long bonnet écarlate retombant sur l’épaule ou sur le dos, et aux pieds les espadrilles ou sandales de cordes qui s’attachent à l’antique autour de la jambe par des cordons de laine rouge ou bleue.

Le costume des femmes n’avait de remarquable que le capucho, espèce de capuchon en laine ou en basin selon la saison, qui tombe jusqu’à la taille et les enveloppe comme un voile de madone. Mais vous pensez bien que celles qui le portaient n’étaient pas au nombre des danseuses. Celles-ci n’étaient coiffées que d’un petit bonnet garni à la catalane d’une dentelle cousue à plat et descendant sur le front, ou d’un tulle ruché selon la mode d’alors. Je remarquais parmi elles quelques demoiselles de la ville en cheveux et en robes blanches ; mais les jeunes gens de toutes classe dansaient en veste de coutil ou de nankin.

Enfin laissons-nous imaginer cette société roussillonnaise, au sortir de l’Empire, éprise de réjouissances, tel que nous la décrit le notaire Ferriol dans ses mémoires :

« En 1818, à Perpignan, les jeunes gens donnaient de l’animation aux jours de fête. Ils se cotisaient pour les rendre brillantes. Les danses catalanes étaient à leur apogée, c’était dans la belle saison. Depuis le mois de juillet jusqu’à la fin de septembre, elles parcourent tour à tour les diverses paroisses de la ville.

Les fêtes patronales en sont les occasions. Toutes les classes de la société y apparaissaient sans distinction, les dames de la ville comme les grisettes et tout le monde s’y trouvait ensemble sans le moindre compromis.

Pendant l’hiver, étaient les bals de l’hôtel du Commerce, dit aussi de la Perdrix, qui attiraient toute la jeunesse de deux sexes. Toutes les classes y paraissaient mais ne se rencontraient pas. Ces bals se donnaient tantôt pour les dames du grand monde, et tantôt pour celles du demi-monde et pour les filles des honnêtes artisans, qu’on surnomme grisettes.

Le beau sexe ainsi divisé s’y montrait à certains jours convenus, en agissant ainsi les jeunes gens avaient trouvé moyen de contenter tout le monde sans froisser personne. Je n’ai jamais vu d’accord si parfait dans notre cité et cela dura plusieurs années. Je me permettrais quelques apparitions à l’hôtel du Commerce surtout pendant les soirées destinées aux bals des grisettes.

Je m’y trouvais mieux à l’aise. Là, point d’étiquette, de la familiarité avec décence, le simple décorum, puis de la gaité et de l’entrain. Pour bien des jeunes gens encore incultes, ne connaissant rien des manières du grand monde, ces bals étaient bien préférables à ceux qu’on appelait les « bals des dames ». D’ailleurs je n’étais pas un grand danseur et ce qui m’attirait le plus dans ces réunions n’était le désir d’y faire une partie de manille[5]

Ces amusements sont très appréciés, et certaines jeunes filles s’y distinguent. «Aussi les jeunes filles sont elles infatigables, les danseurs sont forcés de se reposer, ne pouvant acheter tous les baills, mais une danseuse à succès peut danser toute une nuit sans quitter sa place, et elle en tire vanité.»

Lors de ces fêtes, les familles aisées ne manquent pas de laisser un témoignage en faisant réaliser leur portrait, par les peintres du cru, comme en 1818, ceux qui furent exposés par le jeune Maurin, fils[6].

Bayot, A., Danses aux platanes, vers 1820-1830. Médiathèque de Perpignan (détail)

La différence de costumes entre les classes populaires et les classes bourgeoises et nobles deviennent des indicateurs du pouvoir que les second comptent exercer sur les premiers en cette période de retour à l’ordre. C’est ce qui transparaît de cette description d’un incident lors du carnaval du village du Boulou.

« La danse avait déjà traversé la place et étant au fond de la rue dit Carrer Nou, en rétrogradant, étant au tiers du chemin, quatre individus accompagnés chacun de leur dame habillées à leur ordinaire et animées d’une face de supériorité par leur richesse envers ceux qui dansaient, se présentèrent par moquerie pour danser ». Le refus de les intégrer et les interlocutions qui en suivirent firent l’objet de plaintes et de rixes avec intervention de la gendarmerie[7].


[1]              Du Mège, (A.), Statistique générale des départemens pyrénéens, ou des provinces de Guienne…, Toulouse, 1830, p.385-386. La description est due à Dominique Marie Joseph Henry.

[2]              Henry, D.M.J., « Danses catalanes exécutées en présence de S.A.R. Madame, duchesse d’Angoulême », ed. Tastu, Perpignan, 1825, p.19.

[3]              Marancha dans le texte.       

[4]              Henry, D.M.J., « Danses catalanes exécutées en présence de S.A.R. Madame, duchesse d’Angoulême », ed. Tastu, Perpignan, 1825, p.19.

[5]          ADPO, Mémoires de la famille Ferriol, 59 J 18.

[6]              Feuilles d’affiches, annonces et avis divers, 1818, p.150.

[7]              Brunet, (M.), Le Roussillon, une société contre l’État 1780-1820, ed. Eché, Toulouse, 1977, p. 282.

Costumes catalans (vers 1819), une des premières lithographies françaises.

Godefroy Engelmann est né à Mulhouse le 16 août 1788. Connu pour être l’introducteur de la lithographie en France, il signe les deux planches dans les «Lettres sur le Roussillon» représentent les danses catalanes avec les costumes populaires en usage sous l’Empire et aux débuts de la Restauration.

Elles font partie des premières lithographies françaises. Cet opuscule anonyme imprimé à Perpignan a été rédigé par Henry, historien et chroniqueur local[1].

Les costumes populaires y sont décrits sommairement dans un récit qui fait la part belle à l’organisation des danses à Perpignan sur la place de la Loge. La forme des coiffes presque carrées avec une imposante passe et l’usage du ruban noué sur le haut de la tète.

Les fichus d’indienne très ajustés, les manches étroites et longues et les tailles hautes démontrent une mode encore inspirée par l’Empire. Henry reprends son récit dans la relation qu’il dresse de la venue de la Duchesse d’Angoulême dans un ouvrage orné celui-ci des danses catalanes exécutées par la jeunesse bourgeoise en costumes citadins.


[1]              JPO, 1825, p.427. Cette brochure est signalée à la vente en 1825, mais le passage d’Engelmann et sa vision des costumes qu’il dessine sont antérieurs de quelques années.

Quelques garde-robes roussillonnaises sous Louis XVIII et Charles X.

Pour donner plus de détails à tous ces costumes roussillonnais, intéressons nous à quelques inventaires de vêtements de personnes de milieux différents.

En premier lieux, voyons la garde robe de Michel Esquirol, maître portier à Thuir. Décédé en 1820, le notaire inventorie ses effets comme suit : « un gilet avec des devants de velours noir, un autre avec des devants de velours bleu, un autre en drap noir, un autre en coton bleu, un autre en velours fonds jaune, une camisole en cotonnade bleue, une autre en cotonnade blanche, une autre en nanquinette fonds bleu, une autre en ratine, une autre en drap teint en vert, une carmagnole de velours rayé, une culotte longue en velours bleu, une autre en ratine bleue, une autre en cotonnade bleue, une camisole en reps gris, un bonnet en laine rouge, une ceinture en serge rouge[1]. »

La mode Empire est encore présente dans les armoires de ces dames. C’est ce qui apparaît à Perpignan, lors de la succession de Rose Casenoba, espagnole « de nation ». Ces effets consistaient en « robes et redingotes pour femme, mouchoirs, fichus, schalls, pointes, voiles, spencers, corsets, manteaux de lit, jupes, chemises, bas et autres nippes de femmes, bijoux tels que colliers, médaillons, pendants, boucles peignes, bagues, lorgnettes, croix d’argent et de cristal enrichies de diamants[2].Ces effets seront vendus sur folle enchère place Laborie (actuelle place Jean jaurès).

Enfin, madame Tabariès de Grandsaignes vivait au cœur même de la ville de Perpignan. Cette perpignanaise aisée était descendante d’une illustre famille du cru les Llucia,

Ses fenêtres donnaient sur la place de la Loge. Sa garde-robe inventoriée en 1818 est l’une des plus fournies de la ville, avec un nombre très important de vêtements et de bijoux : «vingt trois chemises, six jupes blanches, deux châles façon de madras, quatre robes, onze fichus, un peignoir, un éventail et son étui, un chapeau de velours noir, une paire de boucles d’argent pour les souliers, une robe de soie, une bourse de soie verte, un petit sac de toile, huit paires de bas, deux paires de poches, deux châles, un fichu à franges, un fichu de madras, un fichu de baptiste, deux corsets, une pèlerine de mousseline, une collerette blanche, trois serre tète garnis, un corset de taffetas, un tablier de cuisine, un châle de laine, une paire de souliers jaunes, neuf robes de différentes étoffes, deux petits paquets de dentelle neuve, huit bandeaux fins, sept coiffes, un chapeau de velours, deux corsets de soie, une jupe de soie unie, une jupe de soie à fleurs, quatre mètres d’étoffes de soie blanche, une petite tabatière entourée de perles avec le portrait de monsieur Llucia, deux colliers à chaînons en or, une épingle à diamant, une autre épingle en or à rosette, un portrait en médaillon monté en or, deux paires de boucles d’oreilles en or, quarante centimètre de chaîne en or avec pierre blanche, une grande bague en or, une paire de boucles d’oreilles en or à diamants, deux boucles d’oreilles en or, une montre et sa chaine en or, une boite ou tabatière semblant d’or, un chapeau de paille garni de rubans, une boite contenant fleurs et chapeau de paille garni d’or, une boite en carton renfermant les trois colliers et boucles d’oreilles que madame Clara apporta de Paris.»


[1]              ADPO, 3 E 26/274.

[2]              JPO, 1815, 11/11.

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