Le Temps du Costume Roussillonnais

Association ethnographique

Page 30 of 33

La fête de la Nativité à Consolation, le 08 septembre…

Charles-Stanislas L’Eveillé (1772-1833), ermitage de Consolation.

En 1821, Cervini accompagné de son beau-père, le dessinateur Melling, visita le Roussillon et il décrivit les costumes qu’il vit en grand nombre lors de la fète du 8 septembre 1821 à l’Ermitage de Consolation à Collioure.

« Dès que nous eûmes terminé le dessin de Port-Vendres, nous revînmes à Collioure pour nous trouver le lendemain de bonne heure à l’ermitage Notre-Dame de Consolation. Nous allions jouir encore une fois du spectacle original et charmant de la danse catalane à l’occasion de la fête de la nativité de la Vierge, célébrée depuis deux jours, par les habitants de la ville et des environs, mais plus particulièrement chômée ce jour là, et rendue plus pompeuse par l’affluence des étrangers. …/…

Pendant que nous parcourions le sentier, tracé sur la pente orientale de la montagne et au milieu de ces vignobles dont la couleur lassait nos regards par son uniformité continue, nous nous retournions à tout instant, et la vaste étendue de la mer, la vue du clocher de l’église saint-Vincent, le coup d’œil des maison de Collioure groupées pittoresquement sous la forme pyramidale, et l’aspect du fort qui les couronne de ses vieux bastions, nous faisaient oublier la fatigue de la route et la triste monotonie de ces pampres toujours verts. D’ailleurs les scènes mouvantes et animées des diverses bandes qui nous précédaient ou nous suivaient à la file, ne pouvaient laisser la moindre place à l’ennui. C’étaient des cultivateurs aisés ou de riches fermiers qui, à la tête de leurs nombreuses familles, s’avançaient accompagnés de leurs domestiques, chargés des provisions.

La baie de Collioure au début du XIXe s., col. part.

C’étaient des pécheurs accourus des baies si multipliées dont la cote est découpée depuis le Cap Béar, jusqu’au Cap Pineda en Espagne, et qui, alertes et joyeux, accouraient d’un pas rapide, en apportant dans des paniers les mets qu’ils allaient mettre en commun et partager entre eux : c’était le mélange de personnes de tout âge, de tout sexe et de toutes conditions, pressés d’arriver afin de louer l’une des cuisines que l’on peut louer sur le lieu, pour préparer à l’estuffat les viandes qu’ils avaient apportées avec eux. Plusieurs Espagnols se trouvaient mêlés dans cette foule de pèlerins et de curieux.

Nous les reconnaissions au large chapeau qui couvrait leur tête, où à la résille noire dont leurs cheveux étaient enveloppés. Ils avaient des vestes de drap écarlate doublées de velours noir, et ornées de la même étoffe aux coudes, à l’avant bras, aux poches et au collet.

Le reste de leur costume était semblable à celui des habitants de la côte du département. Plusieurs de ces étrangers ne se faisaient même remarquer que par leur manteau ployé et négligemment jeté sur l’épaule. Un grand nombre d’individus de la classe du peuple des communes voisines, formaient de groupes en repos le long des sinuosités du chemin que nous suivions, et sur les bords du ruisseau entretenu par les divers filets d’eau qui s’écoulent des hauteurs environnantes.

Ils se distinguaient par leurs longs bonnets écarlates retombant sur leurs épaules, par la ceinture de la même couleur, le pantalon et la veste de velours, et par leurs chaussures appelées espardenyas et qui ressemblent assez aux espadrilles des habitants des Pyrénées centrales.

En arrivant sur la terrasse où nous apercevons tout d’un coup et pour la première fois l’Ermitage, nous trouvons des groupes encore plus nombreux, assis sur les cotés et au dessous des beaux ormes dont il est entouré[1]. »


[1]          Melling, (M.), Voyage pittoresque dans les Pyrénées françaises et les départements adjacents ou collection de 72 gravures représentant les sites, les monuments etc., avec un texte par Cervini de Macerata, (J.A.), 1826-1830.

Description du costume catalan de part et d’autre de la frontière

Costume catalan

Une intéressante description du costume catalan, pour la partie sud des Pyrénées est publiée en 1817. Elle s’applique aussi pour cette période aux villages du Roussillon et aux hauts cantons du Vallespir et de Cerdagne.

« Le costume des Catalans diffère sensiblement de celui des autres Espagnols. Le manteau et le chapeau rond n’y sont point d’usage. Le costume français y est presque totalement adopté. Les matelots et les muletiers ont des vêtements étroits de couleur brune et sont coiffés d’un bonnet de laine rouge qui se rejette en arrière sur l’épaule comme celui des anciens phrygiens.

Par-dessous ce bonnet est la résille, sorte de réseau de fil ou de soie, qui constitue la coiffure générale des artisans et des villageois aisés. Les villageoises ont un jupon de soie noire, soutenu par un petit cerceau qui fait fonction de panier, des souliers sans talons, les épaules nues, et un voile noir attaché avec des rubans. Dans les montagnes, le costume est encore plus étrange.

Les villageois ont un petit gilet croisé sans manches, par-dessus lequel ils portent une veste garnie de petits boutons blancs en forme de globes et très rapprochés, leurs manches sont boutonnées sur le poignet, leur taille est serrée d’une longue et large ceinture de laine bleue ou rouge qui fait plusieurs tours autour du corps. Leur culotte, ordinairement de peau, n’a ni jarretière, ni boutons, leurs jambes tantôt nues, tantôt couvertes de guêtres de peau ou de bas de laine qui n’ont point de pied et ne dépassent point la cheville.

Leurs souliers formés de cordes s’appellent espardenyas en catalan. Il est du bon ton que ces chaussures ressemblent à des sandales, et que l’empeigne en soit si étroite qu’elle couvre à peine l’extrémité des orteils. Les gens aisés portent par-dessus ce léger costume une espèce de redingote ample, courte et garnie de manches que l’on nomme gambetto[1]»

La mode à Barcelone tout comme à Perpignan est tournée vers Paris qui jouît de la plus grande des renommées.

« Les dames de Barcelone suivent exactement les modes françaises et font venir de France une partie de leurs parures, ou tout au moins des poupées sur lesquelles il est facile à leurs modistes d’étudier la coupe et l’arrangement des ajustements les plus nouveaux. Elles n’ont pourtant point renoncé à l’ancien costume espagnol. Elles le portent pour aller à l’église, se montrer à pied dans la ville, mais dans l’intérieur de leur maison, au bal, au spectacle, dans les sociétés, elles se livrent sans contrainte à leur goût pour l’imitation des modes françaises. La chaussure est dans ce pays un objet très important, les souliers sont enrichis de broderies élégantes, de paillettes, et même de perles fines[2]

Pour le Roussillon, le géographe Jalabert indique en plus que «le bonnet rouge était il n’y a pas si longtemps, la coiffure habituelle de la classe employée à la culture de la terre : aujourd’hui le chapeau est adopté par presque tous les habitants de la plaine. L’habillement des personnes aisées est le même que celui du reste de la France[3]

Il va de soi que seule la classe laborieuse se distingue par un habillement purement local et singulier plus on s’éloigne de la capitale du Roussillon. C’est ce qu’à pu constater Joseph Antoine Cervini dans le Fenouilledès.

En 1821, celui-ci dépeint les paysages et les habitants qu’il voit en descendant la vallée de l’Agly pour rejoindre Perpignan : « Ces vastes plaines couvertes de riches moissons, ces champs clos par des haies d’aloès, d’aubépines et de grenadiers sauvages, ces rivières que bordent de longs et flexibles roseaux pliant mollement sous le vent qui les agite, ces lignes de basses montagnes entrecoupées de collines, dont les pentes sont hérissées de vignobles opposant leur brillant feuillage à la pâle verdure de l’olivier, ces lits desséchés des torrents de l’hiver qui envahissent la chaussée, ces terrains disparaissant ensevelis sous les cailloux et les sables qui les recouvrent, ces paysans vigoureux au teint brun, au nez saillant, aux yeux et cheveux noirs que nous voyons livrés à des travaux pénibles et aux ardeurs du soleil de l’été, ces hommes graves et sérieux qui, après nous avoir vu passer avec indifférence, suspendaient leurs travaux pour nous suivre longtemps de leurs regards, ces femmes aux grands chapeaux de paille, que nous voyions pieusement courbées devant des Madones enfermées dans de petites niches ou chapelles qui s’élèvent de distance en distance, sur les carrefours des grands chemins, et enfin ces hommes qui dans les bourgs et les villages que traverse la route, étaient nonchalamment assis sur la place publique, après avoir travaillé autant qu’il le fallait pour les besoins les plus urgents de la vie, insouciants de l’avenir, et consommant dans la journée les bénéfices et les produits qu’elle a rapportés, tout nous rappelait l’Italie[4]. »


[1]              Breton, (M.), L ́Espagne et le Portugal ou mœurs, usages et costumes des habitants de ces Royaumes, précédé d ́un précis historique, 1817, p.52.

[2]          Breton, (M.), L ́Espagne et le Portugal ou mœurs, usages et costumes des habitants de ces Royaumes, précédé d ́un précis historique, 1817, p.56.

[3]              Jalabert ; (F.), Géographie du département des Pyrénées-Orientales, Tastu, Perpignan, 1819, p.33.

[4]          Melling, (M.), Voyage pittoresque dans les Pyrénées françaises et les départements adjacents ou collection de 72 gravures représentant les sites, les monuments etc., avec un texte par Cervini de Macerata, (J.A.), 1826-1830.

Époque Romantique

En pleine période romantique, enivrons-nous de cette ambiance si bien transcrite dans ce texte anonyme :

« Je l’aime ce pays, non parce qu’il est à moitié inculte, peuplé de moines et de mendiants : pareil tableau ne me sourira jamais, mais je naquis sur les Pyrénées, le premier souffle d’air qui caressa mon visage était venu d’Espagne. Les premiers chants qui frappèrent mon oreille furent des romances catalanes. J’ai vu nos paysans ; ils ne sont ni basques, ni béarnais, ces peuplades, toutes distinctes, avec lesquelles on s’est plus à les confondre, ont leur mœurs, leurs coutumes, une sorte de langage national.

Le Roussillon, après deux siècles de conquête, semble encore un fief des comtes de Barcelone. Ses habitants, surtout dans les parties hautes du pays, sont graves et fiers, quelque chose de patriarcal semble présider leur vie, austère.

On dirait à leur démarche silencieuse, des nobles hidalgos, mais sous le ciel embrasé du Midi, les passions n’attendent qu’une étincelle pour s’enflammer. Que de fois me suis-je cru en Espagne, au milieu des montagnes du Vallespir et de la Cerdagne, quand le bonnet rouge des contrebandiers catalans brillait, au soleil levant, sur le crête des rochers. J’admirais la hardiesse de ces hommes, bondissants comme l’isard à la suite de leur chef.

Ils passaient auprès de moi, me saluant, sans me regarder, d’un bon dia, et bientôt le détour sinueux de la montagne, les faisaient disparaître de ma vue. Des croix en pierres s’élevaient de distance en distance, pour servir de jalons aux muletiers, quand la neige s’entasse sur le sentier battu.

Une fois je trouvais auprès d’un oratoire un ermite, tout couvert de coquilles, déjeunant avec des oignons crus. Ce brave homme avait à son dire, fait trois fois le pèlerinage de Santiago de Compostela. Il m’offrir un chapelet et quelques petites croix rouges, fabriquées par ses confrères de Montserrat.

J’aimais à rechercher l’hospitalité dans la chaumière enfumée du montagnard, les chèvres paissaient à quelques distance, leur lait parfumé me semblait le mets le plus délicieux. Qu’ils étaient loin de moi les jours de fête de la capitale, et que les pompes de l’art me paraissaient petites à coté de celles de la nature! Le ciel le plus pur resplendissait au dessus de ma tête, les montagnes se déployaient à mes regards, avec leurs crêtes tantôt couvertes de pins, tantôt étincelantes de frimas, et de leur sommet gigantesque, la plaine, découpée en damier, se perdait insensiblement à l’horizon, dans le ruban bleu de la Méditerranée[1]. »

Variétés des costumes

L’aplec ou fête votive de Font-Romeu est une occasion rêvée d’être confronté à une multitude de costumes de différentes vallées. « C’était à la fin de septembre 1821. Je me trouvais à Font-Romeu, à l’époque de cette fête renommée qui ramène tous les ans sous l’ombrage de ses pins, la foule des pèlerins et des curieux. La caravane dont je faisais partie n’arriva pas à temps pour assister à la messe qui ouvre la fête et force fut de nous contenter du spectacle que nous avions sous les yeux. Il était magnifique : c’est un coup d’œil dont le pinceau du peintre ne peut rendre qu’imparfaitement la beauté.

A nos pieds, s’agitait en tous sens une multitude bariolée de diverses couleurs, ici l’Espagnole avec sa noire résille qui retenait ses cheveux partagés en tresses, plus loin la Cerdanyole française au jupon court, au corset de velours lacé en nœuds de soie, l’habitant de la plaine avec son chapeau à rebords évasés, le montagnard avec son bonnet et sa ceinture rouge, sa veste ronde chargée de broderies, et ses espadrilles de cordes[2]

S. Leveillée, Costumes de Cerdagne, du Roussillon et du Languedoc, vers 1820, MUCEM.

En effet, la Cerdagne produisait depuis longtemps des articles de bonneterie tricotés par ses habitants lors de la saison hivernale. Ensuite, « ils vont dans toute la France pendant l’automne vendre l’immense quantité de bas fabriqués et tricotés par eux pendant la durée de l’hiver précédent[3].»


[1]              Le Publicateur, 1833, p.14.

[2]          Le Publicateur, 1833, p.15.

[3]              ADPO, 2 J 35/1, rapport de la Préfecture, 1814.

Fêtes patronales des villages roussillonnais

Les mémoires du notaire Ferriol contiennent une description précise des fêtes villageoises roussillonnaises. Celle-ci se déroule sous l’Empire.

« Je ne dois pas oublier de raconter que dans ces grandes circonstances, les quêteuses de la Vierge (en catalan : les « pabordesses »), jeunes filles choisies parmi celles réputées plus sages comme les rosières, paraissaient dans leurs plus beaux atours, dans diverses maisons, vers le milieu du repas et déposaient sur la table leurs petites corbeilles ornées de broderie et de rubans, ou chacun vient déposer son offrande.

Et que la compagnie (cobla) de musiciens catalans, loués pour la circonstance, ayant en tête tous les directeurs de la danse en grand costume, une fleur ou un ruban à la boutonnière de leur habit, pénètre aussi dans les maisons pour y donner son aubade pendant le dîner et que les jeunes gens chefs de la danse entrent dans la salle à manger avec leurs grands plats de cuivre servant à la quête, qu’ils placent sur la table afin que chaque convive leur vienne en aide par quelque secours aux fins des frais de leur entreprise.

Dans le temps où je parle, la danse catalane, toujours en  vogue, était pure. C’était alors la véritable danse nationale. Elle n’avait pas subi les mélanges qu’on lui a fait éprouver depuis, et qui sont la cause d’une grande dégénération [1].»


[1]              ADPO, 59 J 18.

Bals et festivités plus populaires : La Saint André de Rivesaltes

Ball rossellones (bal roussilonnais), lithographie, A. Bayot, Médiathèque de Perpignan.

(Chansonnette roussillonnaise anonyme)

1-Charmante fillette,

Je vous chanterais

Une chansonnette

Simple et joliette,

Sur la belle fête

de la Saint André

.

2-Flageolet musette,

En brillants éclats,

Tambour, clarinettes,

Hautbois, castagnettes,

Font que l’on s’apprête

Pour le contrepas.

.

3-L’air des ségadilles,

Fait fuir le travail,

Et cent jeunes filles,

Fraîches et gentilles

En joyeux quadrille,

Vont danser le baill.

.

4-On rit, on s’excite,

La foule en attrait,

S’élance et s’agite,

Recule ou s’évite,

Avance plus vite

Et tourne toujours.

.

5-La toutes les belles,

Dansent de concert,

Et les Demoiselles,

Et les Pastourelles,

Comme sœurs jumelles,

S’élancent en l’air.

.

6-Avant qu’on achève,

Chaque Catalan,

D’un bras plein de sève,

Balance et soulève,

Sa belle et l’enlève,

D’un air triomphant.

.

7-Puis on recommence,

Chacun à son tour,

Dans la ronde immense,

S’égaie et se lance,

Puis enfin la danse

Cesse avec le jour.

.

8-Baill espardagnettes,

Jamais n’oublierais,

Et pour vous je souhaite,

Que cent ans fillette,

Nous voyons la fête

De la saint André[1].

Cette chanson populaire, dont il ne subsiste que le texte, date de la première moitié du XIXe siècle. Le baill, gallicisme tiré du catalan, se traduit par bal populaire. Les instruments étaient formés par quelques hautbois, une cornemuse et un flaviol formant une cobla de Joglars. Les danses de cette époque sont les courandes (sorte de farandole), la sacadille, le contrepas qui s’achève par le saut roussillonnais où le danseur soulève sa cavalière. Le quadrille, ou contredanse, fait son apparition à la fin des années 1830.


[1]              Archives municipales de Perpignan, fonds de Gonzalvo.

L’économie locale au service du vêtement

Hora Siccama, Homme portant la barretina, vers 1847, Vallespir, fonds iconographique AD66.

Le début du XIXe siècle est encore propice à la fabrication locale de tissus utilisés pour l’habillement catalan.

On fabrique avec la laine du Roussillon des bonnets de laine rouge, les barretines [1]. « L’on conçoit difficilement que le pays, qui, avant l’introduction des mérinos, possédait les plus belles laines du royaume, en ait tiré si peu parti. Il en est de même des autres productions, les campagnes du Roussillon sont couvertes de mûriers, et les soies qui en proviennent ne sont mises en œuvre que dans les ateliers étrangers.

L’industrie de ce département semble, ainsi que nous l’avons déjà annoncé, avoir été anéantie par celle des pays qui l’avoisinent ; elle n’est guère connue que par les dentelles de Perpignan.

Un genre d’industrie se fait remarquer dans les montagnes du Roussillon ; il consiste dans la fabrication de bas de laine à l’aiguille. Les tricoteuses du Capcir et de la Cerdagne sont si nombreuses et si habiles, qu’il est peu de pays en France ou leurs ouvrages ne soient vendus par les colporteurs [2]

Souvent ce sont les Cerdans eux-mêmes qui, à l’automne, vont vendre « l’immense quantité de bas fabriqués et tricotés par eux pendant la durée de l’hiver précédent [3]. »

Au début du XIXe siècle, les campagnes conservent le costume national [4]. Une description de 1813 indique « un bonnet rouge, une camisole courte rouge ou brune sous laquelle est un gilet blanc, des souliers de cordes qu’on appelle espadègnes, quelquefois lacées en forme de brodequins composent en général le costume du paysan roussillonnais. Les femmes roussillonnaises se font remarquer par la vivacité de leur physionomie [5]»


[1]              Mas, (G.), Les premiers préfets du département des P.O., (1799-1814), Maîtrise d’histoire contemporaine, 1998, annexe 24.

[2]              Dralet, (M.), Description des Pyrénées, T.1, Paris, 1813, p.182-183.

[3]              AD66, 2J35, situation économique, rapport du préfet, 1814.

[4]              Henry, D.M.J., « Danses catalanes exécutées en présence de S.A.R. Madame, duchesse d’Angoulème », ed. Tastu, Perpignan, mai 1823, p.19.

[5]              Dralet, (M.), Description des Pyrénées, T.1, Paris, 1813, p.175.

Mode Empire dans les hauts cantons

Portrait de femme en miniature, école française, vers 1800, col. part.

En 1802, les femmes aisées des hauts cantons autour de Saint Laurent de Cerdans se parent de fichus d’indiennes carrés, achetés à la foire de Céret.

Les étoffes et habits proposés aux foires régulières, sont complétés par les marchandises livrées par des colporteurs, par exemple « 6 pans et demi d’indienne terre d’Égypte à bouquets jaunes pour la confection ».

Des étoffes ont des usages très précis comme en 1811 ce métrage d’étoffe en laine puce dite du vœu de sainte Thérèse, afin de confectionner le suaire d’un enfant.

Le châle (orthographié schall) y fait bien sûr son apparition : « madras en laine fonds bleu, et un autre schall en laine fonds blanc [1] ».

Robe en coton imprimé, Design Hub Barcelone.

L’avènement de l’Empire sonne le glas de toutes excentricités. Un costume sobre et élégant s’impose aux adeptes de la mode parisienne, costume ayant désormais les caractéristiques morales attendues. La mode se répand plus facilement auprès des classes populaires grâce à la baisse des prix des toiles fines de coton et des indiennes. Le châle en cachemire se généralise et devient un élément important du costume traditionnel.

La coiffe dite « catalane » adopte alors sa forme définitive. Vers 1804, Catherine Erra, de Millas « était une femme bien faite, elle était propre et bien mise, surtout les jours de fête, lorsqu’elle portait sa jupe neuve ou qu’elle arborait sa coiffe des dimanches [2]

Simple en semaine, elle est remplacée par une coiffe en mousseline brodée les jours de fête. Les bijoux comme l’esclavage, des boucles d’oreilles fileuses ou carbassettes en or creux sont portées par les paysannes aisées alors que les pierres fines ou fausses serties sur or sont plutôt l’apanage des seules bourgeoises.

La croix jeannette en or creux avec son cœur est toujours d’usage dans les milieux modestes. La femme aisée préférera une croix badine, de petite taille, en or et grenats ou en argent et roses de diamants.

Jeune femme à la mode, vers 1800, col. part. Perpignan.

[1]              ADPO, 8 J 88.

[2]              ADPO, 59 J 18, souvenirs de la famille Ferriol.

Les Danses comme reflet de la société perpignanaise.

Le Chevalier de La Grange indique en 1787 :

« Les artisans et les bourgeois s’assemblent souvent entre-eux et dansent au son d’un chalumeau, une danse monotone, qui est toujours la même mais ils ne manquent jamais la mesure. Ces assemblées sont annoncées le matin par le chant mélodieux de l’instrument dont je viens de parler, et donne en même temps le signal de mettre le bas blanc. C’est toujours en l’honneur de quelque saint [1] »

Sa description reste bien imprécise et comme le souligne en son temps le médecin Carrère, elle nous donne toutefois une jolie expression : « mettre le bas blanc » quand il s’agit d’aller danser. Il semble qu’il s’agisse ici du contrepas qui est la première tirade des « danses » qui en Roussillon sont très codifiées.

Ces danses catalanes « font partie des fêtes que la ville de Perpignan donne dans les grandes occasions. On entoure alors la place de l’Hôtel de Ville d’une enceinte de bois, d’environ vingt pieds de haut. On la couvre de décorations destinées à cet objet. On place aux quatre angles extérieurs quatre fontaines à vin, et l’on met grand nombre de musiciens du pays sur un échafaud orné de même que l’enceinte. Vingt-quatre femmes d’artisans habillées très proprement à la catalane, et un nombre pareil d’hommes de leur état, sont chargés par les officiers municipaux d’en faire les honneurs. Ces quarante-huit personnes ouvrent ce bal tous les jours, après quoi ils y reçoivent tantôt les dames, tantôt la bourgeoisie, tantôt les femmes de leur état. Le jour ou le bal est masqué, personne à l’exception des quarante-huit, ne peut y être reçu qu’en habit de masque. C’est alors un très beau coup d’œil. La place décorée, couverte d’une foule prodigieuse portant des costumes aussi variés que multipliés, éclairée d’une grande quantité de flambeaux, les croisées de la place et les balcons de l’Hôtel de Ville remplis de personnes de tous états, un mouvement vif et animé, varié, et continuel dans le milieu, forment un ensemble qui frappe agréablement les yeux du spectateur [2]. »

Cette description montre l’importance des états, ces classes sociales bien distinctes que la Révolution va essayer de balayer.

Dans son Essai sur la statistique du département des Pyrénées-Orientales, Jacques Delon, secrétaire général de la Préfecture indique toutefois que les différences de statuts sociaux se retrouvent toujours dans l’habillement : « les citoyens des premières classes sont vêtus à la française. Il y a peu de luxe dans les habits et dans les ameublements. L’habillement des journaliers, des paysans et de la plus grande partie des artisans est composé d’une veste courte, d’un gilet et d’un pantalon. Un bonnet de laine rouge leur tient lieu de chapeau dans toutes les saisons de l’année. Leurs femmes portent un corset et une jupe, et un capuchon qui leur couvre la tête et les épaules [3]. »


[1]              Chevalier de La Grange, Essai historique et militaire sur la province du Roussillon, 1787.

[2]              La Harpe, (J.-F. de), Abrégé de l’Histoire générale des Voyages continué par Comeiras, Volume 37, 1804, p.344. Cet auteur reprend une description antérieure à la Révolution française.

[3]              Delon (J.), Le Roussillon après la révolution, texte annoté par Etienne Fresnay, SASL des PO, 1993, p.72.

A la découverte de la garde-robe d’une perpignanaise en 1794.

Portrait de femme, vers 1790-1800, col. part.

Jeanne Vidal Rivière était la femme d’un cafetier de la place de la Loge à Perpignan. Cette place fut le premier endroit de la ville à voir apparaître les cafés, ces nouveaux lieux de sociabilité, au milieu du XVIIIe s. Femme de bonne condition, elle possédait une garde robe importante ainsi qu’un coffret à bijoux. Le 10 frimaire de l’an 4 (30 novembre 1794), sa garde robe est décrite comme suit :

« un tablier de soie noire,

un capuchon de soie noire,

une jupe de bourrette rayée,

une jupe de papeline,

trois jupes d’indiennes,

deux jupes de cotonnades rayées,

deux jupes de mousseline blanche,

cinq tabliers d’indienne,

un tablier en coton rayé,

deux tabliers de quadrille,

une jupe de bourrette rayée,

quatre corsets de coton,

un corset de nankin,

un corset en drap de coton,

deux en papeline noire,

un en drap de coton rayé,

dix mouchoirs d’indienne pour le col,

une jupe de cotonnade blanche,

une capuche de sergette noire,

deux tabliers de cotonnade,

une jupe de cotonnade,

dix-neuf chemises,

trois paires de souliers d’étoffes,

une paire de souliers d’étoffe bronzée,

douze bas de coton,

trente six coiffes,

quatre mouchoirs de mousseline blanche,

deux coiffes d’enfant,

une montre en or sans anneau ni cordon faite à Paris,

un esclavage en or avec sa plaque,

une jeannette avec son cœur, le tout d’or avec ruban de soie,

une paire de pendants d’or pour les oreilles,

une bague d’or avec sept pierres violettes,

un jonc avec deux petits cœurs le tout d’or,

une boite d’ivoire garnie d’écaille avec un portrait,

une croix en grenat dont un est démonté de son amande,

un jonc cassé,

une bague d’or ronde,

une bague avec un grenat en forme de cœur coupé avec une petite esse de crochet d’argent,

une montre d’argent, chaine d’acier et la clef de cuivre sans nom de facteur,

deux paires de boucles petites d’argent,

deux paires de boucles d’argent pour les souliers,

un crochet (clavier) d’argent avec sa chaine de même ».

La garde robe d’une famille d’émigrés pendant la Révolution Française en 1794.

Travaux d’aiguille dans un intérieur de l’extrême fin du XVIIIe s.

Ce document a été rédigé à une période troublée de l’histoire du Roussillon. Des membres de l’administration révolutionnaire sont appelés à inventorier au village du Soler, les affaires laissées sur place par la famille Debouches. Le père de famille était militaire, proche du pouvoir royaliste. Il a probablement rejoint comme tant d’autres la Catalogne frontalière afin d’éviter la prison.

Ainsi l’inventaire ne contient ni les habits emportés sur eux, ni aucun bijou, un bien facile à conserver sur soi afin de subsister dans les périodes difficiles. Le restant des habits et textiles trouvés sur place font une grande part à la fois aux productions de laine (flanelle, laine blanche…), de soie (soie cramoisie, soie jaune) et de coton à motifs tissés (cotonnades flammées) et à motifs imprimés (indiennes). L’habillement féminin est intéressant à plus d’un titre puisque l’on retrouve l’ensemble des pièces du costume populaire : coiffes, serre-têtes, bas, jupons piqués (cotillons), corsets, tabliers, chemises.  On notera aussi des outils permettant de réaliser à domicile filage, dentelle, broderie et bien sûr piqûre ou matelassage. Production phare de Marseille, le piquage était aussi pratiqué en Roussillon.

« Inventaire des effets qui se sont trouvés dans la maison curiale du Soler, aux appartements où logeaient les citoyens dénommés Debouches, père et ses deux filles, commencé le 4 ventôse de la 2ème année de la République conformément à la réquisition qui a été faite par les citoyens G. Triquera, R. Morat, membres du district de Perpignan : dans une garde robe de couleur grise y avons trouvé 51 chemises de femmes, deux cortinages de lit complet cotonnade flammée, quatre rideaux cotonnade flammée de fenêtre, cinq rideaux de fenêtre blancs, deux rideaux d’indiennes rouges, un habit d’homme…., deux habits bleus de commandant de place galonnés avec boutonnières d’or, deux vestes rouges l’une galonnée l’autre sans galons, une veste en flanelle, deux vestes blanches, deux paires de culottes bleues, un devant de veste brodé, deux couvertes de lit blanches de filadis ou coton, une couverte de lit verte, une couverte de lit de fil ou treillis, un gros rideau de toile grossière, un étui avec deux perruques dedans, une couverture en cotonnade flammée, douze chemises d’homme, un manteau bleu, une robe de chambre en flanelle, un petit rideau blanc, trois cotillons d’indienne, cinq cotillons blancs, un cotillon de soie mêlée, un casaquin de soie jaune, un corset bleu, une robe de chambre de femme en soie jaune, une robe de chambre de femme en soie cramoisie brodée coupée en deux morceaux, deux tabliers rouges en indienne, cinq casaquins en indienne, treize corsets blancs de femme, cinq paires de poches en cotonnades, deux jupes en indiennes (rajoutées à l’inventaire), sept paires de bas de femmes blancs, deux paires de bas blancs d’homme, dix coiffes de femmes dans un panier avec treize patrons à broder, cinq serre-tête de femmes, une paire de sabots de femme, deux paquets de chiffons avec deux paires de caleçons dedans , trois paires de souliers de femmes d’étoffe en mauvais état, une bourse garnie de fuseaux à faire les dentelles, deux quenouilles avec leur fuseau et aspi, six tours de cols blancs, deux coussins à faire les dentelles, un métier pour piquer les étoffes en bois, un autre métier à broder en bois, un jeu à jouer aux dés dit jacquet, une boite en fer blanc avec des fers à friser, une bonnette de laine blanche, deux chapeaux de paille noirs [1] ».


[1]          ADPO, 1Qp 459.

« Older posts Newer posts »